19.11.2009
L'identité
Je m'étais bien promis de ne pas me mêler de ce débat nauséabond sur l'identité nationale qu'ont lancé Sarko et Besson.
Nauséabond car associant l'identité des français à une menace que ferait peser sur elle les immgrés et en particulier les musulmans. (cf Discours de la Chapelle en Vercors, la semaine dernière)
Pourtant je suis tombé avec émerveillement sur une interview de Claude Levi-Strauss dans un doc de Pierre-André Boutang et je ne résiste pas au plaisir de vous livrer une phrase magistrale de ce grand homme :
"...l'homme est d'abord un être vivant et souffrant avant d'être un être pensant. C'est dans la seule mesure où chacun de nous parviendra à préserver dans son for intérieur le souvenir et plus que le souvenir, l'expérience vivante de cette IDENTITE avec tout ce qui vit et donc tout ce qui souffre, que l'homme pourra être assuré de n'être jamais traité en bête par ses semblables, parce qu'il aura étendu la notion de semblable à tout ce qui vit et qui possède, de ce fait, un titre imprescriptible à la COMMISERATION".
19:04 Publié dans Eclats de voix | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : identité, levi-strauss
22.10.2009
"INSULTANT"
Il y a quand même des fois (souvent) où les journalistes de télévision poussent un peu loin le bouchon de la "servitude volontaire".
Hier sur F2 et F3, on compare allègrement les cas de Marie Bové et celui de Jean Sarkozy.
Comment peut-on imaginer une seconde un pareil rapprochement ?
Comment peut-on comparer le cas d'une jeune militante de 34 ans qui souhaiterait présenter sa candidature à une élection régionale et celui d'un gamin sans diplôme de 23 ans qui, par la volonté de papa, veut faire main basse sur le plus gros Centre d'affaires en Europe ?
Marie Bové l'a dit cette comparaison est "insultante".
Mais le plus grave sans doute est la façon dont les seconds couteaux Chatel, Lefebvre, Bertrand, défendent le fils de leur champion:
Le peuple deviendrait "totalitaire" !!!
Ah tiens ???
Totalitaire le peuple, simplement parce qu'il trouve un peu gros qu'on le traite avec autant de mépris!
Une question me taraude: ces gens là sont-ils dupes ?
Je crois plutôt qu'il s'agit d'une haute stratégie mûrement pensée. Une stratégie fondée sur une indifférence absolue par rapport à ce qu'on peut penser d'eux et de leurs grosses magouilles.
Une stratégie pour capter tous les postes importants de ce pays, dans le monde des affaires comme en politique!
Super grave tout ça !!!
14:37 Publié dans Eclats de voix | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : mépris
06.10.2009
SOUFFRIR SEUL
MALHEUR AUX FAIBLES
Il y a longtemps que nous savons que le rapport au travail traverse un profond malaise. Le taux de suicides à causes professionnelles, le recours massif aux anxiolytiques, l'augmentation des arrêts de travail pour dépression sont des signes évidents d'un mal-être généralisé.
A cela les bons esprits nous donnent plusieurs raisons:
- les français survalorisent la place du travail comme facteur d'intégration sociale, cf le succès du "Travailler plus ...etc..."
- les français ont une mentalité de "petits fonctionnaires" ne sachant pas s'adapter aux contraintes d'un monde concurrentiel - cf la "pêche aux moules" du PDG de France Telecom,
- les français sont des enfants gâtés, trop sensibles et trop fragiles. Ils ont des exigences exorbitantes vis à vis du bien-être, du bonheur qu'on est en droit d'attendre de la vie en société - cf le projet de "Bonheur Intérieur Brut", devant se substituer au P.I.B !
Pour moi les véritables causes de ce problème social gravissime sont les suivantes:
- une organisation du travail souvent pervertie, basée sur l'existence de petits - ou de grands - chefs mesquins qui expriment dans leurs rapports avec leurs subordonnés, leurs frustrations et leurs espoirs déçus.
- un sentiment d'inutilité sociale puisque le seul objectif de l'Entreprise ou du Service apparaît comme étant la réduction de la masse salariale.
- la religion de l'évaluation fondée sur une intensification du contrôle permanent que rend possible l'informatique.
- la privatisation généralisée des Services y compris bientôt des contrôles médicaux de la Sécu et de la Médecine du Travail.
- le non respect de la personne humaine, du besoin qu'elle a d'être reconnue à sa place dans un groupe social.
Mais tout ceci peut se résumer en un seul constat:
L'individu est désormais SEUL, seul dans l'arène où tous les coups sont permis, seul face à des chefs qui ne pensent qu'à le flinguer pour accroître la compétitivité de l'Entreprise ou à des collègues qui le jalousent.
"Toutes les formes de solidarité sont fissurées par les nouvelles formes d'organisation du travail" comme le dit Christophe Dejours(*)
Car ne l'oublions pas :
CE NE SONT PAS LES FAINEANTS QUI CRAQUENT MAIS LES PLUS ENGAGES, LES PLUS MOTIVES, LES PLUS INVESTIS DANS LEUR TRAVAIL.
(*)"Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés"
10:37 Publié dans Eclats de voix | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : travail, conditions, respect, individualisme
28.09.2009
Un signe de plus
Il y a des signes qui, plus que d'autres, sont représentatifs de l'esprit d'un gouvernement.
Au moment où dans le monde entier, se préparent les célébrations du 20ème anniversaire de la Convention internationale des droits de l'enfant, la France supprime son institution indépendante « Défenseur des enfants ».
Bien sûr cette institution doit, comme d'autres, être soumise à la réflexion et à la critique.
J'ai souvent pensé que parler inconsidérément des "droits de l'enfant" pouvait aussi nous faire oublier que l'enfant est une "personne" certes mais une personne en devenir et que, s'il a des droits fondamentaux et indéniables, il doit rester à sa place d'enfant.
L'enfant-roi, à qui on ne peut jamais dire franchement non, avec qui il faut tout négocier, se transforme souvent en petit tyran domestique. Enjeu de pouvoir entre des parents séparés, il finit par se croire tout-puissant!
Néanmoins, si notre pays supprime cette autorité indépendante, nous envoyons un signal détestable à tous ces pays qui, de par le monde, continuent à exploiter la main-d'oeuvre enfantine, à recruter des enfants-soldats voire à couvrir la prostitution enfantine!
Mais peut-être Claire Brisset et Dominique Versini qui, paraît-il, sont intervenues pour plus de 20.000 enfants dont les droits n'étaient pas respectés, ont-elles fini par agacer ce régime policier, en particulier lorsqu'il s'agit d'enfants placés en Centres de rétention!
La répression continue!
10:18 Publié dans Eclats de voix | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : enfants
18.08.2009
L'impasse
Juste un petit mot pour reprendre le fil de nos discussions.
L'occasion m'en est donnée en entendant ce matin à la radio que le 92 ème détenu, depuis le début de l'année, s'est donné la mort hier dans les prisons françaises .
Passons sur l'état lamentable de celles-ci, pour s'attacher au fait lui-même.
Car voilà bien la démonstration de la faillite des politiques sécuritaires.
L'enfermement comme solution à tous les problèmes sociaux ne peut déboucher que sur l'absurdité.
Quelle que soit la "fragilité psychologique" de la personne concernée, comme on se plaît à dire, le suicide en prison signifie d'abord ceci:
L'enfermement ne correspond pas seulement à un retrait de la société ordinaire,il représente surtout la contrainte pour la personne à accepter les "valeurs" de la société carcérale, c'est-à-dire à intégrer un mode de vie particulier, décalé, souvent impitoyable et injuste.
Si ce mode de vie peut avoir un lien certain avec la notion ordinaire de "punition", il n'a rien à voir avec un quelconque projet de réinsertion qui, lui, ne peut se fonder que sur l'espoir d'une vie meilleure.
L'impasse, j'vous dis!!!
La Garde des Sceaux aurait pris connaissance d'un rapport sur la question paraît-il ?
Que peuvent tous les rapports alors qu'il s'agit d'une certaine conception de la vie sociale et donc d'un projet politique, celui-là même que développe ce gouvernement qui nous a mené dans l'impasse!
Bonne rentrée à tous, en espérant que vous avez rechargé vos batteries pour de nouvelles et salutaires bagarres!
10:32 Publié dans Eclats de voix | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : prison, securite
09.06.2009
La forteresse Europe
Le résultat le plus paradoxal de cette élection européenne, c'est le succès des droites dont l'idéologie est pourtant globalement responsable de cette crise économique que nous connaissons et qui jette à la rue des millions de travailleurs européens.Alors pourquoi les victimes de ces choix désastreux ont-ils choisi de maintenir leur confiance aux responsables de ces désordres ?
En un mot, pourquoi les pauvres continuent-ils de voter pour des riches qui les dépouillent ???
A cela deux réponses:
Dans le premier cas, au moins on sait ce qu'on a, dans le deuxième, on redoute l'ouverture, l'aventure, le risque...
Et puis on nous a tellement fait peur avec "le Rouge, le couteau entre les dents!"
L'arrivée d'extrémistes xénophobes néerlandais, anglais, autrichiens, etc... au Parlement Européen n'en est qu'une preuve de plus!
Non?
09:38 Publié dans Eclats de voix | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : europe, droite
12.05.2009
La religion entre morale et politique
A propos du voyage du pape au Proche Orient et observant ses pathétiques efforts pour rattraper sans en avoir l'air, ses erreurs diplomatiques récentes, je me suis souvenu de "La religion des origines", bouquin écrit il y a une dizaine d'années par un paléo-ethnologue italien, Emmanuel Anati.
Pour ce scientifique, il y a 50000 ans existait une religion primodiale, une "matrice commune" à laquelle toute la pensée religieuse et symbolique aurait puisé pour constituer son corpus de croyances et qui pourrait se résumer ainsi :
- une mythologie, concernant notamment la création du monde et de l'homme,
- le culte des morts, et les moyens de les accompagner dans l'au-delà,
- des rituels plus ou moins contraignants.
Malgré la grande dispersion des homo sapiens, les conceptions fondamentales ont subsisté.
Pour cet auteur, l'invention de l'idée d'un dieu personnel ne date que de quelque 8000 ans, au moment où sont apparues les premières civilisations urbaines en Egypte ou en Mésopotamie.
Vraie ou fausse, voilà bien une hypothèse qui mérite attention!
Car depuis l'antiquité nous assistons à d'incessantes guerres de religions, de massacres perpétrés au nom de dieu, l'invention du monothéisme ayant correspondu à une montée de l'intolérance religieuse.
Cette tendance a trouvé son apogée dans le "Gott mit uns" gravé sur les ceinturons des soldats de la Wechmart !
Alors aujourd'hui, dans ce monde globalisé où plus que jamais la religion représente un enjeu planétaire de pouvoir et d'oppression, notre premier boulot est de balayer devant notre porte.
Et pour commencer la remise en cause, se demander ce que représentent la pensée et la pratique religieuse dans les références culturelles qui nous animent!
Altruisme, générosité, amour universel..?
Ou
Maintien et légitimation d'un ordre inégalitaire.. ?
La philanthropie, l'action humanitaire, la charité chrétienne n'aboutissent-elles pas à aider les pauvres pour éviter de lutter contre les causes de la pauvreté, c'est-à-dire de dénoncer les mécanismes de l'exploitation ?
Le "Inch'allah" des musulmans ne sert-il qu'à justifer les politiques d'aliénation, Dieu donnant à chacun selon ses besoins ?
En un mot, situées en équilibre instable entre la morale et la politique, les pratiques religieuses sont-elles des pratiques culturelles comme les autres ???
10:38 Publié dans Eclats de voix | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : religion, morale, politique
03.05.2009
Le rêve américain
Il me semble que la "crise" a ceci d'intéressant qu'elle révèle - pour ceux qui en doutaient - le sens profond du projet gouvernemental français, à savoir la privatisation généralisée de toute l'activité.
En cela nous continuons à courir derrière le "modèle" américain, celui-là même qui a engendré cette crise.
En effet, depuis les années Reagan, les USA ont axé leur développement sur :
- le crédit et la stagnation des salaires,
- la dérèglementation,
- les nouvelles technologies et la destruction des emplois industriels (au profit de la Chine)
- une politique de prix bas dans la grande distribution, au détriment des conditions de travail des salariés (Wal-Mart)
- le développement des services à la personne,
- le creusement des inégalités,
- l'indigence des protections sociales,
- le creusement de la dette extérieure,
- le système carcéral pour régler la question sociale.. etc...
C'est exactement ce vers quoi notre gouvernement nous entraîne !!!
Mon vieux père disait "L'expérience des autres n'a jamais instruit personne".
Quand il s'agit d'un gouvernement, l'aveuglement et l'obstination sont criminels.. Non ?
12:04 Publié dans Eclats de voix | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : modèle américain
01.05.2009
PENSER DEBOUT

1° mai fête du travail!
Du travail chagrin ou du travail plaisir ?
Du travail qui libère ou du travail qui asservit ?
Du travail qui fait vivre ou du travail qui tue ?
Se construire, se transformer, se réaliser par son travail !
Voilà le discours dominant dans notre civilisation judeo-chrétienne, celle-là même qui, sans vergogne, justifie l'accumulation du capital fondée sur l'exploitation du travail salarié.
Notre crise actuelle est bien le résultat de ce mépris du travailleur au profit de la finance, c'est-à-dire du crédit, qu'on a largement utilisé pour compenser la non-revalorisation des salaires.
"On revient avec le crédit à une situation proprement féodale, celle d'une fraction de travail due d'avance au seigneur, au travail asservi."*
A l'heure où l'on se félicite, à juste titre, de l'unité syndicale, ne nous cachons pas derrière notre petit doigt.
Pourquoi le gouvernement et même le MEDEF font-ils les yeux doux aux syndicats en ce moment ?
Parce qu'ils voient bien qu'avec la montée du désarroi actuel, ceux-ci peuvent représenter un contre-feu utile !Et les défilés du 1° mai une procession liturgique pour exorciser les démons de la rébellion qui vient ...
Le gouvernement sait qu'il ne risque rien devant cette unité de façade.
Car, sans parler de la CFDT qui a toujours une torpille prête contre le mouvement, les autres organisations sont profondément divisées sur l'analyse de la situation et donc sur les moyens d'action.
Ce qui est en cause au fond c'est bien le syndicalisme comme mouvement d'éducation populaire, comme moyen de lutter contre la "servitude volontaire" du travailleur à qui la droite s'emploie à faire croire qu'il est "libre et responsable"**
Ce qui est en cause c'est fondamentalement notre capacité à nous mettre debout, à refuser les couleuvres que les pseudo-savants de la com s'emploient à nous faire avaler.
DEBOUT ENSEMBLE !
* Jean Baudrillard, "Le système des objets".
** N. Sarkozy lors d'un récent discours.
10:38 Publié dans Eclats de voix | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : travail
25.03.2009
La régulation des pauvres
Ce piètre discours d'hier soir du petit roi entouré de ses courtisans me ramène à mes préoccupations du moment, à savoir la place des pauvres dans cette méritocratique démocratie.
Le plus clair et fort de ce discours c'est le projet de durcir la répression contre les fauteurs de violences dans les établissements scolaires. Très bien, bravo! La puissance publique est là pour assurer la sécurité des citoyens.
Unu intrusion dans un collège ou deux !
Le gouvernement réagit aussitôt : une loi, des caméras video, des portiques, un nouveau fichier!
Et voilà le tour est joué!
Toute cette agitation pour nous laisser à penser que ces faits divers constituent la seule et unique cause de l'insécurité sociale.
Pour nous FAIRE OUBLIER que la véritable violence réside dans la montée des inégalités, dans la précarisation de l'emploi et dans la dérèglementation.
La moralisation du capitalisme est à la mode. Le pouvoir verse des larmes de crocodile sur ces grands patrons "malhonnêtes" qui s'attribuent des parachutes dorés! Ah la pathétique indignation de Parisot !!!
Pas d'inquiétude pour les capitalistes, ils s'en remettront!
A l'inverse la regulation des pauvres est toujours plus fortement ancrée dans les politiques. Et si celle-ci passe de moins en moins par la douce main caressante de l'Etat-providence, elle s'affirme maintenant par le bras armé de l'Etat carcéral.
Pour les Nations Unies, la pauvreté c'est le manque de ressoures matérielles, l'exclusion du travail, la vie brève, l'illettrisme.
Dans nos sociétés où l'on ne connaît pas comme en Afrique l'extrême pauvreté, c'est plutôt l'écart entre les attentes et la réalité; entre ce qu'on estime être en droit de recevoir et le résultat obtenu.
C'est cet écart qui produit la violence! Ces petites et grandes souffrances du quotidien, en famille, dans le quartier, au travail, ces désarrois, ces frustrations, telles que Pierre Bourdieu les avaient relatées en 1993 dans "la misère du monde" se trouvent mises en parallèle avec les prétendues valeurs de l'implacable idéologie néolibérale de la méritocratie.
La violence dans les écoles, que nous estimons tous intolérable, n'est que l'expression lamentable d'une souffrance indicible, c'est-à-dire d'une PAROLE confisquée...
confisquée par qui au fait ???
11:39 Publié dans Eclats de voix | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pauvreté, régulation


